Le billet de juillet 2011

Nouvelle lettre ouverte à Courteline,

 

Cher Monsieur Courteline,

Quelques mois se sont écoulés depuis ma dernière lettre. Permettez moi aujourd'hui de reprendre contact pour livrer à votre sagacité les faits suivants.

Savez-vous ce qu'est un Zef ? C'est un tout petit dériveur d'une longueur de 3,8 mètres, parfait pour s'initier à la technique de la voile.

C'est ce bateau que je vois à vendre, d'occasion, pour un prix dérisoire, non loin de chez moi, juste de l'autre côté de la frontière Suisse dans le petit village de Mouthe.

Déplacement à Mouthe ou j'achète le bateau. Comme je suis une personne honnête, au retour je m'arrête à la douane Suisse. Personne !

Je vais donc sonner à la porte du poste et explique au douanier que j'ai un bateau à déclarer.

Celui-ci vérifie et m'explique, en me sortant un grand classeur plein de formulaires, qu'il n'est pas habilité à dédouaner un bateau. Je suis assez surpris et lui dit que j'ai pourtant vu à ce poste des camions de grands bois au dédouanage. Il me montre, preuve à l'appui, qu'il est effectivement autorisé à dédouaner le bois, les sapins de Noël et quelques autres bricoles, mais pas les bateaux. Mais non, ne riez pas, c'est sérieux cette histoire, je vous assure que c'est la vérité. Et puis avec la douane on ne plaisante pas vous le savez bien !

Je lui demande donc ce qu'il propose et voici la réponse : Retour en arrière et passer par un autre poste frontière habilité à ce dédouanement. En l'occurrence il s'agit de Vallorbe. Mais vous savez, me dit il encore, le poste ferme à midi et il est 11heures vous n'arriverez jamais à temps.

Et si vous me laissiez continuer sur ma route côté Suisse lui dis-je et que je me présente au poste de Vallorbe, le chemin est plus court et j'y arrive !

Ah non cela n'est pas possible !...... J'insiste.

Ah oui, mais pour cela je dois vous délivrer une autorisation !

Je me permets donc de lui suggérer, tout en restant aimable et courtois, de bien vouloir si possible s'activer un peu et de me remplir cette fameuse autorisation, ce qu'il consent à faire.

11h40 j'arrive à Vallorbe et il faut maintenant que j'explique au douanier, à l'aide de mon papier, le pourquoi j'arrive du côté Suisse pour faire dédouaner un bateau qui vient de France.
Pas facile à faire comprendre mais j'y arrive. Cette explication terminée la question qui tue ! Avez-vous le permis d'importation ?

Non ! Alors vous devez avoir un permis d'importation sans quoi je ne puis rien faire !

Et..... ou puis je faire ce permis ? C'est l'agence Danzas juste à côté mais de toute façon elle est fermée le samedi.

Ah bon, mais alors je fais quoi moi monsieur ?

Réponse du Douanier en regardant sa montre « alors ça, ce n'est pas mon problème !»

J'ai subitement une petite pensée pour Fernand Raynaud et sa célèbre réplique « je suis pas un imbécile puisque je suis douanier ! »

 

Je vais tout de même voire à l'agence Danzas et, par chance, tombe sur le responsable qui me trouve bien énervé. Après explication de ma situation celui-ci me dit : « Je ne vais quand même pas vous faire un permis d'importation qui va vous couter plus cher que le prix de cette coque de noix, suivez moi, je vais arranger cette affaire vite fait avec ce douanier tatillon.

Eh bien vous pouvez me croire sur parole il n'a pas eu gain de cause et finalement après deux minutes de discussion avec le douanier, il était encore plus énervé que moi. Dans les quelques minutes qui restaient, juste avant la fermeture du poste, il à donc rédigé très rapidement le permis et cela gratuitement.

Retour auprès du douanier qui une nouvelle fois regarde sa montre.

Hé non Monsieur le douanier, perdu, le poste est encore ouvert...... au boulot !

Celui-ci  fait signe à un collègue qui sort  un des chiens spécialement dressés qui se trouvent à Vallorbe et commence par faire le tour du bateau. Le chien renifle soigneusement les caissons de sécurité.
Bon sang, mais c'est évident, des fois que j'aie eu l'idée de sortir 5 ou 6 kilos de blanche de France pour revenir après coup au poste de douane pour déclarer mon bateau ! Futé le douanier !
Puis, il se dirige à nouveau à son poste et me demande:  Poids du bateau !?
Comme je suis bien incapable de le lui donner il me prie de bien vouloir peser celui-ci et me désigne l'endroit pour le faire.
Il est passé midi, le poste est maintenant fermé le douanier peut donc encore éventuellement travailler quelques minutes supplémentaires mais éviter tout effort. Il sort sur le pas de la porte et me regarde décharger, seul, le bateau de sa remorque pour le placer sur la balance. Puis, il retourne dans son poste, me laissant toujours seul, sous les yeux goguenards de tous ses collègues, recharger à grand peine le bateau sur la remorque.

Cette opération terminée je passe au poste et paye mon du à cette personne qui ne m'a même pas dit au revoir et bonne journée.

Oui,..... bien sûr.... je vous entends déjà me dire que ce n'est pas un métier facile que cette histoire est une exception, que tous les douaniers ne sont pas comme cela etc.. etc...
Curieux, parce que des histoires de ce genre j'en ai vécu quelques unes et il y aurait de quoi en écrire encore quelques chapitres.

Il ne m'appartient pas de juger cher Monsieur Courteline, tout au plus de vous informer régulièrement de mes démêlés avec cette administration au sein de laquelle vous avez vous-même travaillé.

Vous, écrivain incisif à la verve satirique, vous qui par amusement avez traqué l'idiotie toute votre existence, je sais que vous serez à même d'apprécier et de faire bon usage de ces quelques informations de ma part.

Je vous prie d'agréer, cher Monsieur Courteline, mes plus cordiales salutations et vous prie de croire à ma plus grande considération.

Bien à vous G.Hautier

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