Le billet d'Avril 2012

Vous avez dit  "Evolution !"

 

Lorsque j’étais adolescent, dans les années 50, j’ai assemblé mon premier petit avion en récupérant le bois des cagettes qu’utilisaient les maraîchers pour leurs légumes. C’était un Nieuport, joli petit biplan dont je possédais la photo et que j’ai essayé de reproduire au mieux.

Mon premier modèle volant sera construit dans la foulée, avec l’aide de mon oncle. C’était à l’époque une boite de construction dans laquelle se trouvait un plan du modèle et le bois nécessaire à sa réalisation.  Le dessin des couples et des nervures était imprimé sur les planchettes en balsa et en contre plaqué de bouleau. Il était nécessaire de tout découper à la scie à chantourner, puis de poncer soigneusement chaque pièce avant de commencer l’assemblage.

Scier, limer, poncer, ajuster, percer, coller étaient des opérations nécessaires pour obtenir une structure, ou le squelette de notre modèle, avant de passer à l’entoilage.

Souvent, ces modèles étaient entoilés en papier de soie du Japon qui ensuite était imprégné au verni de tension, ce qui avait pour effet de renforcer un peu la fragilité du papier et de bien tendre celui-ci sur la structure.

Le grand luxe était d’entoiler à la soie du Japon ce qui était considérablement plus solide mais également beaucoup plus cher.

C’était l’époque du vol libre, c'est-à-dire pour moi sans télé commande !  Mon oncle possédait l’une des deux premières télécommandes de Suisse Romande, et quelle télécommande !! Du matériel qui venait d’Angleterre et pour un prix qui correspondait à l’époque à un mois de salaire d’ouvrier. Un  émetteur monstrueux qui fonctionnait sous 120 Volts et un énorme récepteur à lampe, oui vous avez bien lu, à lampe et qui fonctionnait sous 45 Volts.

N’oubliez pas que le transistor venait tout juste d’être inventé ( 1947 ) et que les applications en étaient à leurs premiers balbutiements. Pas de servos comme on les connait aujourd’hui, mais un système à échappement qui se bloquait dans un sens ou dans l’autre suivant les impulsions données par l’émetteur. Il n’y avait pas de commandes proportionnelles, on était en tout ou rien, c'est-à-dire par exemple que la gouverne de direction se bloquait à fond dans un sens ou dans l’autre.

Trois voies pour les commandes, c'est à dire la direction, la profondeur, et les ailerons. Les moteurs étaient à compression, soit sans bougie d’allumage et souvent en échappement libre. Il n'étaient pas télécommandés et tournaient toutours à plein régime. Immaginez maintenant ce que donnait un vol avec ce matériel !!

Rentrer à la maison sans avoir eu une panne de radio et sans avoir cassé un avion tenait tout simplement du miracle, tant ce matériel était fragile et peu fiable. J’ai le souvenir que mon oncle passait souvent des nuits entières à réparer pour pouvoir voler le lendemain et bien sûr casser à nouveau.

Je ne résiste pas au plaisir de vous présenter quelques photos du matériel de l’époque. J’ai retrouvés ceci dans les archives de mon oncle. Les photos ne sont pas de la meilleure qualité, mais vous pourrez tout de même mesurer l’évolution du matériel depuis cette époque héroïque.

L'émetteur L'émetteur Le récepteur Schéma de principe Schéma de principe Schéma de principe Servo commande Servo commande Servo commande Les moteurs de l'époqueLes moteurs de l'époque Mon premier moteur J'ai vécu cette époque ! Mon oncle est à droite Préparation avant le vol img-6353.jpg sur le lac gelé

Plus tard, on à commencé à trouver des magasins spécialisés qui proposaient des boîtes de construction avec toujours le bois pour réaliser le modèle, mais avec les couples et les nervures pré découpées. Cela signifie que les fabricants avaient réalisés des outils de découpage avec lesquels ils pré découpaient les formes, sans toutefois les découper complètement. Il était donc souvent à nouveau nécessaire de jouer de la scie à chantourner.

Etape suivante, la technique s’améliore et les outils découpent complètement les pièces qui sont aussitôt, avec le même outil, remises en place dans la planchette. Gros avantage, car une simple pression sur la pièce avec les doigts suffit alors pour la détacher à nouveau. Gain de temps considérable car plus besoin de scie à chantourner.

Reste que parfois, les outils utilisés n’ont pas la précision requise, ce qui nécessite pas mal de retouches en cours d’assemblage.

C’est l’époque ou je me dis que, décidément ces boîtes de construction coûtent trop cher et que je vais construire mes modèles en partant d’un plan et en achetant le bois. Cela peut sembler incroyable, mais figurez vous que dans tous les magasins de modélisme de cette époque se trouvait un rayonnage complet avec une quantité et une variété de bois qui permettait de construire facilement un modèle selon plan.

C’est la que je constate que le prix du bois et si élevé, que je comprends mieux le prix des boîtes de construction. Mais qu’à cela ne tienne, c’est bien une dizaine de modèles qui seront menés à bien en achetant mon bois.

Puis, c’est l’arrivée de la découpe au laser, qui permet une découpe incroyablement précise et nette, avec l’avantage pour les fabricants de ne plus avoir à réaliser d’outils de découpage et de pouvoir, en tout temps, apporter sans contraintes des petites modifications et améliorations à leurs modèles.

Oui…. mais il y à tout à coup un problème ! Les modélistes, les vrais, ceux qui ont appris les bases de la construction et qui savent pourquoi un avion vole, comment le régler et le réparer en cas de casse, ces modélistes donc deviennent rares et sont remplacés peu à peu par des « pilotes ». Entendez par la, une personne qui ne souhaite nullement perdre son temps à construire mais qui veut seulement piloter.

Les fabricants ne vendent plus une seule boîte de construction et doivent donc s’adapter en proposant du prêt à voler. Chose incroyable, mais véridique, ils avaient pensés que de proposer des avions ou il ne restait que le moteur et la radio commande à installer allait relancer le marché. Ils n’avaient que partiellement raison, puisque une ou deux années plus tard, les ventent baissent à nouveau. Motif : même ces opérations de terminaison pourtant simples rebutent encore les « pilotes ».

Réaction immédiate et voilà sur le marché des modèles terminés vraiment prêts à voler avec moteur et radio commande installée. Tu achètes le matin, tu voles l’après midi. Même que l’on utilise souvent des matériaux révolutionnaires comme l’EPP ou le polystyrène qui permettent de mouler entièrement un avion ou un planeur.

Et ça marche ! Ce que l’on ne dit pas par contre, mais qui est la triste réalité, c’est que dans le 90% des cas, le modèle acheté le matin est cassé l’après midi et que son propriétaire, qui se croyait pilote ne sait pas réparer et passe à autre chose. C’est tellement bon marché que de toute manière la perte n’est que minime. C’est tout de même assez amusant de constater que l’apprentissage de la conduite d’une voiture est une évidence pour tout le monde. Lorsqu’il s’agit par contre de pilotage ces mêmes personnes sont intimement persuadées que l’apprentissage n’est de loin pas une nécessité.

Et le 10% restant me direz- vous ? ** Il est composé de modélistes confirmés qui souhaitent essayer rapidement quelque chose de nouveau, et de quelques personnes qui ont encore la sagesse de s’approcher d’un club pour trouver un ami pour leur apprendre à piloter.

Je fais aujourd’hui partie de ce 10% et vous aurez peut être constaté que j'ai procèdé dernièrement à l’assemblage d’un planeur, le Ka-8b livré assemblé et entoilé, sur lequel il ne reste que quelques heures de travail à accomplir et ceci, pour le même prix qu’une boîte de construction achetée il y à une quinzaine d’année !

Conclusion de tout cela, aujourd’hui il ne reste pratiquement plus de boîtes de construction, et si vous souhaitez tout de même construire selon un plan vous ne trouvez plus de bois dans les magasins de modélisme.

C’est ce que l’on appelle « l’évolution ! » A chacun de se faire une idée quand à savoir si cela est bien ou non. En ce qui me concerne, j’ai trouvé la parade, il reste encore un domaine ou la construction est reine, c’est le modélisme nautique et je ne m’en prive pas !

Avec mes amitiés, GéGé

 

**  Pourquoi  10% ? Parce que les grandes marques de radio commandes avaient, il y à quelques années, procédé à un grand sondage afin de connaitre l’intensité de l’utilisation du matériel vendu.

Et bien, tenez vous bien, il était ressorti de ce sondage que seul 5% du matériel vendu était réellement utilisé, ne serait-ce qu’une fois dans l’année ! Tout le reste dormait et dors certainement encore dans des armoires.

Comme je voulais être optimiste, je me suis dit que peut être la situation c’était améliorée d’où le chiffre de 10% qui, s’il ne reflète pas la réalité, n’en est certainement pas très loin.

Commentaires (3)

1. Philippe Chanez 03/04/2012

Salut GéGé,

Ah le beau temps où l'on rêvait de "construire" son modèle...il existait déjà dans la tête, il fallait encore le construire! Mais "on" savait d'autant l'apprécier avant qu'il casse! J'ai conservé ma toute première télécommande, une Graupner VARIOTON (4 canaux dont 2 proportionels),à laquelle j'avais également accouplée un servo UNIMATIC, semblage à ce que l'on peut voire dans tes archives! bref de l'histoire mais j'ai un mal terrible à m'en séparer! C'est toute mon enfance que je revis quand j'ouvre le tirroir!
Comme tu le relève si bien, j'ai constaté aussi le manque de bois dans les magasins spécialisés. Pour peu, tu passes pour un "marginal" quand tu leur demande des baguettes d'acajou mais je mesure aussi la perte de savoir-faire des modélistes d'aujourd'hui!
C'est aussi la raison qui me pousse sur ton site car je retrouve ce savoir, cette culture qui fait que notre hobby est si merveilleux. Comme toi, je retrouve dans la construction nautique ce petit complément qui nous ravi toujours, témoin d'un certain degré de liberté retrouvé.
A+ et un merci particulier pour ce point d'observation très averti vis-à-vis du développement de notre activité préférée!

2. Michel welters 01/04/2012

Bravo Gégé,

Splendide l'article. Comme tu le sais, nous sommes de la même génération. J'approuve à 100% ton analyse de la situation. Idem pour les fournitures en Belgique. Si je n'avais pas Internet, je ne sais pas comment je pourrais acheter mon matériel puisqu'on ne trouve plus rien en magasin pour le modélisme nautique.

3. Serge 01/04/2012

Bonjour Gégé,

la rallonge Gégé.... Tu ne nous as pas parlé de la rallonge de 2km pour utiliser l'émetteur!
Je plaisante bien sûr!!!!
Je te remercie pour ce magnifique reportage riche d'expérience.
Bien cordialement

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